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QUID SIT MUSICUS ?

Quid sit musicus ? de Philippe LEROUX

Année de composition : 2014
Durée : 60.00 minutes

Formation :

Pour 7 voix, 2 instruments, électronique et vidéo

Editeur

Editions Billaudot

Contexte CIRM


Notice :

Au début du VIème siècle, Boèce (1) dans son “De institutione musica“ se demande “Quid sit musicus“, qu’est-ce que le musicien. Est-il celui qui joue, celui qui fait (qui compose) ou celui qui comprend [théorise] ? Dans cette question se trouvent plusieurs des enjeux majeurs de la musique du début du XXIème siècle. Grâce aux nouvelles techniques électroacoustiques, la production de phénomènes sonores, la composition et la perception se trouvent, à notre époque, souvent intimement liées, à tel point que parfois le compositeur est à la fois celui qui construit le discours musical et en même temps celui qui produit l’ensemble des sons (dans la musique électronique par exemple), ou encore que la façon de percevoir le son se trouve dorénavant au centre même des outils conceptuels de la composition.

Ce spectacle musical tente de répondre à cette intemporelle question, en interrogeant les rapports que peuvent entretenir des musiques vocales avec accompagnements d’instruments d’époque (vièle à bras, luth et cornemuse médiévaux, flageoles…), composées au moyen-âge, une œuvre pour 7 voix a cappella récemment composée, Cinq poèmes de Jean Grosjean, et une toute nouvelle œuvre (utilisant une électronique sophistiquée), englobant et unifiant les précédentes, dans le but de mettre en lumière ces rapports.

Les pièces d’auteurs du XIVème siècle comme Jacob de Senleches et Baude Cordier, des motets, ballades et rondeaux de Guillaume de Machaut (2), les 5 mouvements des Cinq poèmes de Jean Grosjean (3), ainsi que la nouvelle pièce sont entrelacés au sein d’une tresse musicale irrégulière.

La nouvelle œuvre se fonde avant tout sur le graphisme des manuscrits de Machaut (*). Son projet musical est d’extraire l’essence gestuelle des écrits de Machaut, sachant que l’écriture neumatique du XIVème siècle était encore étroitement liée au geste sonore qu’elle suscitait. Cette extraction gestuelle se fait par l’utilisation de la nouvelle technologie de « papier augmenté ». Ce papier particulier, muni d’un dispositif optique dont un stylo bluetooth qui lui est associé, permet de « récupérer » les données gestuelles des calligraphies provenant des manuscrits musicaux de Machaut via un ordinateur. Ces données sont ensuite utilisées pour déterminer des gestes mélodiques, des traitements du son ou de la spatialisation, pour contrôler d’autres paramètres, ou encore pour générer des processus d’interpolations, de contractions, de transposition ou d’inversions de données symboliques (hauteurs, durées…).

Les gestes sonores et calligraphiques purement humains engendrés par la mise en perspective sonore des pièces médiévales et des technologies modernes utilisées dans la nouvelle oeuvre sont confrontés avec les gestes provenant d’éléments naturels des Cinq poèmes de Jean Grosjean. La gestuelle de la main humaine et ses prolongements électroacoustiques imaginés par l’homme est évaluée à l’aune plus cosmologique des mirages qui passent, des éclaboussures de soleil, des drames ou moments sonores limpides, frais et en état d'apesanteur, des constellations tournant « jusqu’à ce que le soleil se fiche vibrant comme une flèche dans le zénith », ou encore de l’azur blessé à mort engendrant le son « prêt à tomber dans le puit d’en haut » sur l’écrasante immobilité du monde.

Au-delà de ces gestes mis en scène musicalement, tant au niveau sonore que structurel, afin de créer un lien substantiel avec les œuvres médiévales, la nouvelle œuvre s’inspire des structures, des textes et des couleurs phonétiques des pièces du XIVème. Le fait que ses cheminements harmoniques soient déduits des données d’analyse de l’enregistrement audio du rondeau “Ma fin est mon commencement“, place la perception au cœur même de l’acte compositionnel.

La structure de l’ensemble s’appuyant sur la construction palindromique d’un rondeau de Machaut s’allie à un jaillissement spontané des idées et des gestes musicaux pour respecter ce profond équilibre cher aux poètes et aux musiciens du XIVème siècle entre ce qu’ils appelaient alors les « Faits » et les « Dits ».

Philippe Leroux


Bande-annonce de la création de Quid Sit Musicus de Philippe Leroux, dans le cadre de la série « Images d’une œuvre » produite par l’Ircam-Centre Pompidou. Un film de Thierry Paul Benizeau © Ircam-Centre Pompidou, 2014

http://manifeste.ircam.fr/video/quid-sit-musicus/ 


(1) Anicius Manlius Severinus Boethius, communément appelé Boèce, né vers 470 à Rome, mis à mort en 524 à Pavie par Théodoric le Grand, est un philosophe et un homme politique latin.

(2) Guillaume de Machaut : écrivain et compositeur français du XIVᵉ siècle (1300 - 1377).

(3) Jean Grosjean, né à Paris le 21 décembre 1912 et mort à Versailles le 10 avril 2006, est un poète et écrivain français, traducteur et commentateur de textes bibliques.





Extranet artiste Dernière mise à jour le 23/10/2014
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