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Actualité du Samedi 06 Novembre 2004 à 20h30

CONCERT MANCA 2004 - Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo / Neue Vocalsolisten Stuttgart

Samedi 6 novembre 2004

Auditorium Rainier III (Monaco)

 

Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo

Direction : Pascal Rophé

Récitant : Otto Katzameier


Olivier Messiaen
Un sourire (1989)
Orchestre (10’)

Salvatore Sciarrino
La morte di Borromini (1988)
Orchestre et récitant (19’)

Misato Mochizuki  (photo de droite)
Ima, koko CREATION MONDIALE
Orchestre et électronique (19’)
Production & commande CIRM
Christophe Mazzella, Assistant musical

Entracte

Luciano Berio
Sinfonia (1968)
Orchestre et 8 voix (30’)

Fin du concert : 22h30


Technique CIRM – Frédéric Prin, ingénieur du son

 

Le décès récent de Luciano Berio a profondément attristé l’ensemble des mélomanes. Lui rendre hommage nous semblait d’autant plus naturel qu’il était venu en 2000 pour le festival présenter la création française de son œuvre pour orchestre Ekphrasis. Sinfonia est une des œuvres phare du compositeur. Le Neue Vocal Solisten de Stuttgart interprètera la partie vocale de ce chef d’œuvre du 2Oème siècle. La création mondiale de Ima koko de Misato Mochizuki (production et commande CIRM) nous permettra de poursuivre l’exploration de ces nouvelles relations qui se tissent entre l’orchestre et les nouvelles technologies. Salvatore Sciarrino et Olivier Messiaen viennent compléter ce programme qui voit pour la première fois le CIRM et le festival MANCA s’associer à l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo

Partenariat avec l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo / CIRM
Avec le soutien de l’ONDA
Concert diffusé sur Radio Classique, partenaire du festival MANCA





ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE MONTE-CARLO
Fondé en 1856, l'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo occupe une place de choix dans la vie musicale internationale en ayant eu le grand privilège d'être dirigé par des chefs de réputation mondiale tels que Toscanini, Mitropoulos, Walter, Richard Strauss, de Sabata…, et plus près de nous, Bernstein, Sawallisch, Kondrachine, Mehta, Kubelik, Sir George Solti, Maazel…. Quant aux Directeurs Musicaux, on relève, notamment, Paul Paray, Igor Markevitch, Lovro von Matacic, Lawrence Foster, James DePreist…
Depuis juillet 2000, Marek Janowski, assume les fonctions de Directeur Artistique et Musical de l'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo.
Que ce soit en tant qu'Orchestre National de l'Opéra de Monte-Carlo ou, sous sa dénomination actuelle d'Orchestre Philharmonique (depuis 1980), la formation monégasque joue un rôle de premier plan dans la création lyrique, chorégraphique et symphonique contemporaine. Ainsi,l'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo a toujours su conjuguer tradition et modernité. Ses tournées à l'étranger (Etats-Unis, Allemagne, Grande-Bretagne, Espagne, Italie …), sa participation aux grands Festivals (Dresde, Leipzig, Prague, Montreux, Aix-en-Provence, Lyon, Ankara, Tunis, Athènes, Lisbonne) et ses nombreux enregistrements dont la musique pour le film "Napoléon" d'Abel Gance d'Honegger, direction Marius Constant (Erato), "Namouna" de Lalo (Auvidis) (diapason d'or 1992, Grand Prix de la Nouvelle Académie du Disque Français 1992) "Œdipe" d'Enesco (Emi-France) couronnés par plusieurs Prix du disque, français et étrangers, les concertos pour violon de Vieuxtemps (Erato), les airs d'opéras français avec Natalie Dessay pour Emi-France (Grand Prix de la Nouvelle Académie du Disque Français 1997), témoignent de cette diversité musicale.

L'effectif de l'Orchestre porté à 100 musiciens s'inscrit dans une politique de changement et d'évolution artistique. L'arrivée de Marek Janowski a permis de présenter d'audacieux programmes, comme l'intégrale des concertos pour piano de Bartók avec Zoltan Kocsis, la symphonie "Des Canyons aux Etoiles" et la "Turangalîla-Symphonie" d'Olivier Messiaen, des œuvres de Dutilleux, Betsy Jolas, Canat de Chizy, la "Missa Solemnis" de Beethoven, un cycle Brahms, "Elektra" de Richard Strauss (version concert).

En décembre 2003, l'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, le Rundfunk-sinfonieorchester Berlin et les Chœurs de la radio de Berlin et de la radio de Leipzig ont été réunis sous la direction de Marek Janowski pour interpréter le "Requiem" de Berlioz au Dom de Berlin puis au Grimaldi Forum à Monaco. Réunir 350 participants sous la direction d'un seul chef tenait du défi et fut une riche expérience tant humaine que musicale.

Placé sous la présidence de S.A.R. la Princesse de Hanovre, bénéficiant du soutien de S.A.S. le Prince Rainier III et du Gouvernement Princier, l'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo tout en préservant son authenticité, se tourne résolument vers l'avenir grâce à une politique particulièrement dynamique qui ne peut qu'accentuer son rayonnement.

NEUE VOCALSOLISTEN STUTTGART
Les Neue Vocalsolisten Stuttgart sont un ensemble de chanteurs d’opéra et d’œuvres concertantes, placés sous la direction de Manfred Schreirer depuis 1984. Spécialisé dans l’interprétation de la musique du XXe siècle, cet ensemble s’intéresse particulièrement au développement de formes d’expression et d’articulation vocale.
Au même titre que ces recherches, des travaux interdisciplinaires fondés sur la musique, la vidéo et le théâtre font partie intégrantes du rôle de l’Ensemble, tout comme la juxtaposition de divers éléments provenant des musiques ancienne et contemporaine.
La démarche consiste à élargir des formes d’expressions et d’articulations vocales.

Pascal ROPHE
Pascal Rophé né à Paris, est formé au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris et remporte le deuxième prix du Concours International des jeunes chefs d'orchestre de Besançon en 1988. A partir de 1992, il travaille avec Pierre Boulez et David Robertson au sein de l'Ensemble Intercontemporain qu'il dirige plusieurs fois par saison. Il dirige également les Orchestres Nationaux de Lyon, Montpellier, de l'Ile de France et l'Orchestre National de France.
A l'étranger, il collabore régulièrement avec l'Orchestre de la B.B.C à Londres, l'Orchestre Philharmonique de Liège, l'Orchestre Philharmonique du Luxembourg et divers Orchestres de radio en Europe. Il est devenu l'un des spécialistes de sa génération quant au répertoire du 20ème siècle et, travaillant toujours avec la plupart des grands ensembles européens se consacrant à la musique contemporaine, il aborde de plus en plus le grand répertoire symphonique des deux derniers siècles.
Après avoir assumé la saison musicale de l'Orchestre National de Lorraine jusqu’en juin 2002 et, parmi ses projets en 2002/03, il est retourné travailler avec l'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo (autour de Sinfonia de Berio), l'Orchestre Symphonique de la radio néerlandaise (Ravel) ainsi que celui de La Haye (Honegger,chausson) l'Orchestre de l'opéra comique de Berlin (Bartok, Debussy), l'Orchestre de La Fenice dans le cadre de la Biennale de Venise (Stroppa, Dutilleux, Debussy), l'Orchestre Philharmonique de Radio-France
(festival «Présences» 2003 / Henze) et l'Orchestre de la R.A.I de Turin. Il se consacre également, au moins deux fois par an, à l'opéra ; après avoir dirigé le Vaisseau Fantôme avec l'Orchestre National d'Ile de France et la reprise d' Héloïse et Abélard d'Ahmed Essyad au Théâtre du Châtelet à Paris il a donné Le Dialogue des Carmélites au festival de printemps de Budapest (qui sera repris à l'opéra de Budapest en 2004/05)


Otto KATZAMEIER, baryton
Né à Münich, Otto Katzameier étudie la flûte et le chant au Conservatoire Richard Strauss de sa ville natale, auprès de Hans Hotter, et en Bulgarie. Il se consacre au récital, notamment aux oeuvres de Schubert et Mahler, à l'oratorio et à l'opéra (Berio, Henze, Mozart, Rossini et Sciarrino), et se produit avec Michael Pletnev, Ivo Pogorelich, le Dresdner Kreuzchor ou l'Orchestre Philharmonique de Münich. Il est membre du Théâtre de Lucerne depuis 1999.


Olivier MESSIAEN (Avignon, 1908 – Clichy, 1992)
Né en 1908 en Avignon, Olivier Messiaen entre au Conservatoire de Paris à l’âge de onze ans et obtient cinq premiers prix : contrepoint et fugue, accompagnement au piano, orgue et improvisation, histoire de la musique, composition. En 1931, il est nommé organiste à l’Eglise de La Trinité. Très imprégné par la foi catholique, Messiaen avoue être un musicien théologique et refuse toute approche mystique. Les titres de ses œuvres sont des références directes à la religion : Vingt regards sur l’enfant Jésus (1944), Apparition de L’Eglise éternelle (1932) Méditation sur le Mystère de la Sainte Trinité (1969), La Transfiguration de Notre Seigneur Jésus-Christ (1965-1969). Par ailleurs son amour pour le sacré coexiste avec un amour pour le profane, symbolisé par le mythe de Tristan et Iseult. Ces œuvres traitant de l’amour profane sont peu nombreuses et limitées dans le temps, elles se situent toutes entre 1936 et 1948. La Turangalîla-Symphonie (1946-1948) mise à part, ce sont toutes des œuvres vocales sur des textes du compositeur lui-même.
Enfin, la nature, comme un inépuisable réservoir de sonorités, dans laquelle l’intervention humaine serait absente, se retrouve très souvent au centre de ses compositions. Messiaen étudie l’ornithologie et ne tarde pas à introduire des chants d’oiseaux dans son langage musical.
Il dira à leur propos qu’ils sont : « Mes grands maîtres, mes meilleurs maîtres » et les consacre dans le Réveil des Oiseaux (1953), Oiseaux exotiques (1955-1956) ou encore Un Vitrail et des oiseaux (1986).
La musique de Messiaen, quelle que soit l’œuvre choisie, est de celles qu’on reconnaît à un seul accord, à un seul rythme, à un seul intervalle mélodique. Pour lui un accord est violet, ou rouge orange, avant d’être chiffré ou analysé selon les sons qui le composent. Il enrichira ses créations de rythmes provinciaux indiens et utilisera les sonorités extrêmes orientales afin d’organiser l’œuvre de toute une vie autour d’une pluralité d’axes aussi originaux qu’exotiques.
Source : IRCAM, RadioFrance


Un sourire pour Orchestre (1989)
Un sourire est écrit en 1989 à la demande de Marek Janowski, pour honorer le bicentenaire de la mort de Mozart. Elle alterne continûment
une mélodie très simple des violons et un chant d’oiseau exotique à répétitions par les xylos, les bois et les cors. Malgré les deuils, les
souffrances, la faim et le froid, l’incompréhension, et la proximité de la mort Mozart souriait toujours. Sa musique souriait aussi. C’est pourquoi je me suis permis, en toute humilité, d’intituler mon hommage : Un sourire.
Olivier Messiaen




Salvatore SCIARRINO (Palerme, 1947)
Né à Palerme en 1947, Salvatore Sciarrino étudie la musique dès l’âge de douze ans en suivant les enseignements d’Antonio Titone, puis de Turi Belfiore. En 1962, et pour la première fois, une de ses œuvres est jouée à l’occasion de la Troisième Semaine internationale de musique contemporaine de Palerme. Lauréat de nombreux prix, il reçoit entre autre le prix de le Société internationale de musique contemporaine (1971 et 1974) et le prix Dallapiccola (1974). Plus tard, il dirige le Théâtre communal de Bologne (1978-1980), et enseigne dans les conservatoires de Milan, Pérouse et Florence. Le catalogue complet de ses œuvres, édité par Ricordi en 1999, recense 164 œuvres instrumentales, vocales, solistes, réalisations et transcriptions, auxquelles il faut ajouter les livrets d’opéras et de nombreux écrits, parmi lesquels le livre Le Figure della musica, da Beethoven a oggi (1998).
Sa musique intimiste, raffinée, attachée au timbre et au souffle est construite sur des principes de micro variations des structures sonores. Elle exige une écoute particulièrement attentive en raison de la raréfaction des évènements sonores.
Source : IRCAM, T&M

La morte di Borromini
Pour Orchestre et récitant (1988)
Architecte, décorateur et dessinateur italien, Francesco Castelli, dit Borromini est nait à Bissone en 1559. Tailleur de pierre à Milan, il se rend dès 1615 à Rome. Actif sous les trois papes de la Rome baroque, il se voit confier la construction d’édifices religieux. Héritier de Michel-Ange, Borromini manifeste une prédilection pour les recherches illusionnistes. Il se suicide le 2 août 1667 et laisse derrière lui un testament recueillit par un médecin témoin de son agonie. Mais comment trouver un corollaire entre la musique et les dernières paroles d’un suicidé ? C’est qu’il faut les considérer comme un document qui doit être reçu dramatiquement et ne doit pas être représenté. Aucune description donc. La musique ne décrit pas. Elle veut analyser les formes de la perception, le sentiment et la folie : le contour de l’un délimite toujours la forme blanche de l’autre. Tracer la folie, ce que le mythe autorise à la musique, et qui lui était propre, se fait ici dans le sillage d’une expérience doublement
exceptionnelle, vécue par un artiste. On a parfois l’impression d’avoir rêvé. Imaginons certains éléments de la réalité sonore intérieure et extérieure. Le halètement, la voix qui dicte, les cloches des heures, le réveil à son propre ronflement, tellement concret. Jusqu’au silence
oppressant les oreilles. Les oiseaux chantaient déjà quand il sombra une nouvelle fois dans le sommeil, mêlé à des plages de conscience dans le son-horizon. Lui aussi se plie, se précipite dans le son-silence. Instabilité des dimensions. A la Déformation temporelle correspond une ouverture de l’espace : volières d’anges, l’impression d’une « fausse normalité ». La musique représente maintenant l’espace où se déroule la tragédie : les franges de la nuit, les sons décuplés par l’insomnie, jusqu’à lacérer l’esprit, les phénomènes d’une chambre noire que nous avons tous connue. L’obsession d’un petit refrain imprègne les draps. Elle s’est insinuée. Elle s’enroule. La perception de la réalité sonore, désormais détachée, perd tout sens des proportions, le battement forme des pointes dans le son-silence (l’écho, d’abord, d’un tintement dans le vide) et des myriades de cloches dans le son pressent, veulent en sortir. Chaque chose, la même chose, nous semble minuscule et gigantesque l’instant suivant. Les mauvais objets envahissent tout, ils sont devenus mondes. Il n’y a plus de différence, il n’y a plus de temps, il n’y a plus de dedans ni de dehors : le dedans est le dehors.
Salvatore Sciarrino


Misato MOCHIZUKI (Tokyo, 1969)
Née à Tokyo en 1969 Misato Mochizuki étudie l'harmonie, le piano et la composition à l'Université Nationale des Beaux-Arts et de la Musique de Tokyo et obtient en 1992 une Maîtrise de composition. Depuis, elle réside à Paris. En 1995, elle obtient un premier prix de composition au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris et suit un cycle de perfectionnement dans les classes de Paul Méfano et d'Emmanuel Nunes. Elle participe en 1996-1997 au cursus de composition et d'informatique musicale de l'IRCAM, où elle travaille notamment avec Tristan Murail.
Parmi les prix qu'elle reçoit, elle remporte en 1998 le "Stipendien Preis" au Ferienkurse de Darmstadt (Si bleu, si calme ) ; en 1999 La chambre claire est sélectionnée à la Tribune Internationale des compositeurs à l'UNESCO ("oeuvres recommandées”) ; en 2000 le prix
Akutagawa de la meilleure création pour orchestre au Japon (Camera lucida); en 2002 le prix du public au festival Ars Musica de Bruxelles
(Chimera); et en 2003 le prix d'Etat japonais et le prix Idemitsu pour les nouveaux talents artistiques. Ses œuvres sont jouées lors de festivals internationaux par de nombreux ensembles et orchestres, tels que l'Orchestre Symphonique de SWR Baden-Baden, l'Orchestre Philharmonique de Radio France, le Deutsche Sinfonieorchester de la SFB-Radio Berlin, l'Ensemble InterContemporain, l'Ensemble Modern, l'ensemble recherche, Klangforum Wien, Ictus Ensemble, Nieuw Ensemble, 2E2M, Itinéraire.
Ses œuvres sont publiées aux éditions Breitkopf & Härtel. Son premier disque portrait est sorti en septembre 2003 chez KAIROS (Vienne).



Christophe MAZZELLA
Christophe Mazzella est diplômé de la Formation Supérieure aux Métiers du Son du Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris (1998) et de l’ENSEEIHT (Ecole d’ingénieur de Toulouse) en spécialité « Traitement du signal » (1994). Il travaille aujourd’hui en freelance et a produit une vingtaine de disques en tant que directeur artistique, dans les domaines de la musique classique (2 CD Sony Classical) et contemporaine : Disques Philippe Schoeller (prix de l’Académie Charles Cros), Bruno Mantovani et Misato Mochizuki (« 10 » de répertoire).
Depuis 1996, il collabore régulièrement avec l’IRCAM à l’enregistrement de concerts et a réalisé les prises de son de plusieurs documentaires pour les chaînes Arte et France 2.
En 2003, Christophe Mazzella a travaillé dans les studios du Banff Centre (Canada) comme ingénieur du son et assistant musical. Il est également pianiste et écrit des chansons.

Ima, koko pour orchestre et électronique
CREATION MONDIALE - Production & commande CIRM
"Ima, koko" signifie "Ici, Maintenant" en japonais.
Le boudhisme enseigne que le monde entier est contenu dans une poussière, et l'éternité dans un instant. Je comprends cette phrase en imaginant qu'une goutte d'eau a le même contenu que l'océan entier. Ici et Maintenant implique la présence d'un observateur, c'est à dire une prise de conscience de la connexion entre le monde de l'être, et les plans physiques de la tridimensionnalité et du temps symbolique linéaire. "Ima, koko" est un instant déplié à l'infini, un point sur la spirale du temps continu. C'est une projection sur le présent.
Après avoir écrit quelques oeuvres inspirées des théories scientifiques de l'évolution des êtres vivants - "Chimera", "Homeobox", "Météorites" transposent musicalement certains modes de transmission des informations génétiques - je m'intéresse aujourd'hui à composer sur l'idée de l'évolution de la conscience, sur les notions de variété et d'origine commune. La pièce commence par un coup de gong, dont la répétition dévoile progressivement les détails par étirement du temps et de l'espace, comme si on pouvait observer le son à la loupe, jusqu'à en percevoir les grains ou les ondes de matière.
Le rôle de l'électronique est d'accompagner ces extentions sonores par la dilatation et la spatialisation, ainsi que par un travail sur le timbre.



Luciano BERIO (Oneglia – Italie, 1925 – Rome, 2003)
Né en 1925 à Oneglia (Italie), Luciano Berio étudie la musique au Conservatoire Verdi de Milan où il suit les cours de Paribene et Ghedini pour la composition et ceux de Votto et Giulini pour la direction d’orchestre. En 1955, il fonde avec son ami Bruno Maderna le studio de phonologie de la R.A.I (Radio-télévision italienne) à Milan. A partir de 1960 il donne des cours à Darmstadt, à Dardington, au Mill’s College (Californie), à Harvard, à l’université Columbia. Il s’intéresse au rock et au folk, leur consacrant des essais et les mêlant dans le creuset de sa musique, laquelle est une musique libre, sans frontières. Berio a sondé, d’abord dans la clarté de l’intuition, puis prudemment, lucidement, des domaines originaux et longtemps oubliés de notre culture occidentale, en particulier celui de la voix. Il libère une expression verbale souvent affective, spontanée, immédiatement descriptive : murmures, cris, souffles, pleurs, bruissements, onomatopées attachées à la vie corporelle. Circles (1960) ou encore la série des séquences, pour instruments solistes, inventent dans un jeu de manipulations et de métamorphoses, des formes nouvelles, et il en va de même pour la série parallèle des Chemins. Voix ou instruments sont poussés à l’extrême limite de leur virtuosité, arrachés à leur tradition, élargis. Epifanie (1961), suit la même évolution : textes de poètes, écartelés, au bord du tragique. Harmoniste raffiné dans Folk Songs, Berio se montre en maître de la technique de la variation dans la série des Chemins, où des commentaires variés à l’infini laissent apparaître des « collages ». Passaggio (1962), Laborintus II (1965), Recital I (1972) sont des approches très personnelles du théâtre musical. En effet, il semble être imprégné de tout ce qui vit, pour le laisser réapparaître tôt ou tard. Coro (1976) est sans doute l’un des sommets de son œuvre, une anthologie de l’homme, de son aventure et de son paysage intérieur.
A la fin des années 70, Berio intègre la première équipe de l’IRCAM. Jusqu’en 1980, il assume le poste de responsable de la musique électroacoustique avant de créer un nouveau studio à Florence, Tempo reale, dont il est le directeur. Il ne cesse de dialoguer avec l’histoire musicale, en faisant des orchestrations de pièces de Mahler ou Brahms, reconstruit la 10ème Symphonie de Schubert (Rendering) ou l’Orfeo de Monteverdi (Orfeo II), et fait des allusions stylistiques et des citations directes dans ses propres œuvres, technique déjà manifeste dans la Sinfonia de 1968.
Source : IRCAM

Sinfonia
Pour Orchestre et 8 voix (1968)
Le titre doit être prit au sens étymologique désignant des instruments (ici huit voix et instruments) jouant ensemble ou au sens large, de jeu collectif d’éléments, de situations, de significations, de références différentes. Le troisième mouvement de Sinfonia exige un commentaire plus approfondi car c’est peut-être la musique la plus expérimentale que je n »’ai jamais écrite. C’est un hommage à Gustave Mahler (dont l’œuvre semble porter le poids de toute l’histoire de la musique de ces deux derniers siècles) et , en particulier, au troisième mouvement -le scherzo- de sa deuxième Symphonie Resurrection. Mahler est à la musique de cette troisième partie ce que Beckett est au texte. Il en résulte une sorte «d’embarquement pour Cythère » accompli, précisément, à bord de ce scherzo. Ce mouvement est traité comme un générateur, à l’intérieur duquel prolifèrent un grand nombre de références musicales, de Bach à Schoenberg, de Beethoven à Strauss, de Brahms à Stravinsky, de Berg à Webern, à Boulez, à Pousseur, à moi-même ou à d’autres. Dans cette méditation sur un « objet trouvé » mahlerien qu’est le troisième mouvement de Sinfonia, j’ai surtout voulu combiner et unir des musiques différentes, voire éloignées, étrangères les unes aux autres. En apparence les quatre premières parties de Sinfonia sont extrêmement différentes les unes des autres. Mais la cinquième et dernière partie a pour rôle d’annuler ces différences en mettant en lumière et en développant l’unité latente des mouvements précédents. Cette cinquième partie doit donc être considérée comme la véritable analyse de Sinfonia avec le langage et les moyens de l’œuvre elle-même. Sinfonia, composée pour le 125ème anniversaire de l’Orchestre Philharmonique de New York est dédiée à Leonard Bernstein.
Luciano Berio

Programme de concert rédigé et imprimé en novembre 2004

CIRM, Centre National de Création Musicale
33 avenue Jean Médecin, 06000 Nice
04 93 88 74 68 - Fax 04 93 16 07 66
Email : info@cirm-manca.org

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