CIRM : Centre National de Création Musicale UCA
Manca 2019
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LA MORTE DI BORROMINI

La morte di Borromini de Salvatore SCIARRINO

Année de composition : 1988
Durée : 19.00 minutes

Formation :

Pour orchestre et récitant

Contexte CIRM


Notice :


Architecte, décorateur et dessinateur italien, Francesco Castelli, dit Borromini est nait à Bissone en 1559. Tailleur de pierre à Milan, il se rend dès 1615 à Rome. Actif sous les trois papes de la Rome baroque, il se voit confier la construction d’édifices religieux. Héritier de Michel-Ange, Borromini manifeste une prédilection pour les recherches illusionnistes. Il se suicide le 2 août 1667 et laisse derrière lui un testament recueillit par un médecin témoin de son agonie. Mais comment trouver un corollaire entre la musique et les dernières paroles d’un suicidé ? C’est qu’il faut les considérer comme un document qui doit être reçu dramatiquement et ne doit pas être représenté. Aucune description donc. La musique ne décrit pas. Elle veut analyser les formes de la perception, le sentiment et la folie : le contour de l’un délimite toujours la forme blanche de l’autre. Tracer la folie, ce que le mythe autorise à la musique, et qui lui était propre, se fait ici dans le sillage d’une expérience doublement exceptionnelle, vécue par un artiste. On a parfois l’impression d’avoir rêvé. Imaginons certains éléments de la réalité sonore intérieure et extérieure. Le halètement, la voix qui dicte, les cloches des heures, le réveil à son propre ronflement, tellement concret. Jusqu’au silence oppressant les oreilles. Les oiseaux chantaient déjà quand il sombra une nouvelle fois dans le sommeil, mêlé à des plages de conscience dans le son-horizon. Lui aussi se plie, se précipite dans le son-silence. Instabilité des dimensions.
A la Déformation temporelle correspond une ouverture de l’espace : volières d’anges, l’impression d’une « fausse normalité ».
La musique représente maintenant l’espace où se déroule la tragédie : les franges de la nuit, les sons décuplés par l’insomnie, jusqu’à lacérer l’esprit, les phénomènes d’une chambre noire que nous avons tous connue. L’obsession d’un petit refrain imprègne les draps. Elle s’est insinuée. Elle s’enroule.
La perception de la réalité sonore, désormais détachée, perd tout sens des proportions, le battement forme des pointes dans le son-silence (l’écho, d’abord, d’un tintement dans le vide) et des myriades de cloches dans le son pressent, veulent en sortir. Chaque chose, la même chose, nous semble minuscule et gigantesque l’instant suivant. Les mauvais objets envahissent tout, ils sont devenus mondes. Il n’y a plus de différence, il n’y a plus de temps, il n’y a plus de dedans ni de dehors : le dedans est le dehors.
Salvatore Sciarrino




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