CIRM : Centre National de Création Musicale UCA
Manca 2019
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PIERROT LUNAIRE OPUS 20

Pierrot lunaire Opus 20 de Arnold SCHOENBERG

Année de composition : 1912
Durée : 36.00 minutes

Formation :

Soprano, flûte, clarinette, violon, alto, violoncelle et piano,

Contexte CIRM


Notice :

Pierrot lunaire constitue un tournant dans l'histoire de la musique occidentale. C'est l'aboutissement d'une recherche qui, de 1898 (premiers lieder) à 1912, avait progressivement éloigné le compositeur de la tonalité, devenue caduque à ses yeux. La tonalité, en effet, parvenue à sa plénitude dans l'œuvre de Johannes Brahms, avait été simultanément ébranlée par Richard Wagner et Gustav Mahler. Ces maîtres si dissemblables avaient profondément marqué Schönberg à ses débuts. La période postromantique de Schönberg s'était définitivement terminée avec le Deuxième Quatuor (1908). Commence alors une période dite d'«atonalité libre» où accords et dissonances ne peuvent plus s'expliquer par l'analyse tonale. Elle culmine avec le monodrame Erwartung (1909) puis Pierrot lunaire. Au cours des années suivantes, Schönberg élabore le système qui donnera naissance à ses premières œuvres dodécaphoniques et qui substitue aux fonctions tonales celles qui se fondent sur la formation de séries incluant les douze sons de la gamme chromatique tempérée.
L'œuvre comporte 21 pièces courtes réparties en trois grands volets de sept poèmes chacun. Ces poèmes ont été empruntés au recueil d'un écrivain belge, Albert Giraud, et traduits très librement en allemand par Otto Erich Hartleben. Pierrot lunaire fut écrit sur la proposition d'une actrice et diseuse de cabaret, Albertine Zehme, qui créa le rôle de Pierrot. Celle-ci avait demandé à Schönberg un mélodrame, c'est-à-dire une musique destinée à accompagner un texte déclamé. L'instrumentation ne requiert que six exécutants: outre la voix parlée, piano, flûte (et piccolo), clarinette (et clarinette basse), violon (et alto), violoncelle.
C'est la contrainte de la déclamation substituée au chant qui suscita le recours au Sprechgesang («chant parlé»), sans hauteurs définies (écrites mais jamais exécutées strictement). Le port de voix relie les hauteurs notées entre elles: «La hauteur du son, une fois indiquée, est abandonnée pour une montée ou une chute» (Schönberg), alors que, dans le chant, le son est soutenu. Si la courbe mélodique est approximative, son rythme est strictement déterminé par rapport au contexte instrumental. Le caractère d'une telle déclamation étant outré par nature, c'est aux instruments qu'incombe toute l'expressivité, fixée minutieusement.
Le Pierrot de Schönberg baigne dans une ambiance de morbidité sanglante. Violence, blasphème, humour noir et grotesque, froide ironie (présents tout au long du texte), sont des traits constants dans les poèmes, dont le caractère grinçant s'accommode parfaitement avec les audaces du traitement musical. Cette adéquation n'a pas peu contribué au succès et à la postérité de l'œuvre qui, par son caractère théâtral outrancier, échappe au domaine de la musique «pure» et facilite ainsi l'accès à un langage entièrement nouveau.
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