CIRM : Centre National de Création Musicale UCA
Manca 2019
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YGGHUR CATHARSIS

Ygghur Catharsis de Giacinto SCELSI

Année de composition : 1965
Durée : 14.00 minutes

Formation :

Pour violoncelle

Editeur

Editions Salabert

Contexte CIRM

  • Nouvelle version pour seaboard programmée dans le cadre du Festival Manca 2018 "Prima la musica", le mardi 4 décembre 2018 à l'Entre-Pont, Nice. Par Tatiana Ciamossin, étudiante au Conservatoire de Nice, élève de Julien Martineau.

Notice :

Vieillesse-Souvenirs-Catharsis-Libération, pour violoncelle solo

Ygghur – catharsis/libération – est le point magistral par excellence et sans aucun doute l’objectif le plus important du voyage entamé dans Triphon et Dithome ; l’homme à la recherche d’un état transcendantal. Ygghur comme image de l’expérience de l’immatériel, transfiguration stylistique et spirituelle, « cri » du silence à l’intérieur du son. La déréalisation du jeu sonore musculaire et gestuel se mue en la réalisation d’une alchimie de sons. La déréalisation du jeu sonore musculaire et gestuel se mue en la réalisation d’une alchimie de sons. Une mystique contemplative, comme si les sons ne naissaient plus dans les sons fondamentaux de l’instrument, mais dans l’air environnant : le silence de l’état d’être.
Ygghur appartient au groupe de compositions centrées sur une seule et unique hauteur. Le ton est travaillé comme une sphère de timbres aux intensités changeantes. Pour faire ressortir cette dimension du son, Scelsi nous prescrit la scordatura – l’accordage des cordes La Ré Sol Do en Si bémol Ré bémol Si bémol et Ré bémol – c’est pourquoi la partition est divisée en quatre portées, une pour chaque corde. Ainsi se libèrent de nouvelles positions pour la main gauche qui ramifient le son sur les quatre cordes vers un cluster infra-chromatique. D’où une manipulation unique et polyphonique du son engendrant une énergie sonore infinie. Energie non seulement au sens physique, mais que Scelsi conçoit également comme force créatrice et spirituelle. « Vous n’avez pas d’idée de ce qu’il y a dans un seul ton! Il y a même des contrepoints si on veut, des décalages de timbres différents. Il y a même des harmoniques qui donnent des effet tout a fait différents, qui ne sortent pas seulement du son, mais qui entrent au centre du son. Il y a des mouvements concentriques et divergents dans un seul son. Ce son-là devient très grand. Cela devient une partie du cosmos, aussi minime qu’elle soit. Il y a tout dedans. » [Giacinto Scelsi, Conversations avec G. Scelsi, dans Les anges sont ailleurs]

La première partie de Ygghur – Vieillesse – nous fait entendre le son tournoyer sur lui-même, s’enrouler en un tissu d’arpèges rotatifs. Pratiquement tout le matériel musical consiste en des quarts de ton et des harmoniques. De minuscules glissandi, des vibratos rapides et amples, des tremoli, des pizzicati et diverses articulations de timbre et de dynamique entourent la trace du son d’une activité fourmillante. Ici, la musique perd son orientation harmonique habituelle. Au moment où la dynamique diminue et où les sons harmoniques prennent plus d’importance, une sorte de dématérialisation se manifeste. De cette activité subliminale jaillissent des spectres infra-chromatiques et nébuleux, sorte d’évocation d’un silence méditatif. Le son coule comme s’il était un large ‘flux de conscience’, qui s’apaise dans l’espace du spectre harmonique pour s’y dissoudre.


Dans la seconde partie – Souvenirs – le matériel sonore est ramené à une mélodie construite sur un seul son. Autour de ce son unique, se développe un jeu de pizzicato fragile et articulé de la main gauche, qui n’est pas sans rappeler les battements des sons éthérés de la tampura indienne et les inflexions rythmiques du tabla. Souvenirs n’évoque pas la mémoire-pensée comme c’est le cas dans Dithome ; mais bien la mémoire comme souvenir disparaissant, autrement dit l’oublieuse-mémoire. « Cette grande mémoire impersonnelle qui est le souvenir sans souvenirs de l’origine, » comme le disait Maurice Blanchot qui décrit le souvenir comme le lointain, la mémoire comme abîme. La mémoire comme confusion, « cette puissance d’altération qui s’installe en nous dans une proximité surprenante, l’énigme d’un changement indéfini » [Maurice Blanchot, Oublieuse Mémoire, dans L’Entretien Infini, Gallimard].

La troisième partie – Catharsis/Libération – est le véhicule qui mène vers l’extase libératrice. Le son comme « le premier mouvement de l’immobile » s’apaise dans un son sphérique d’immatérialisation. Transfiguration. Ici le voyage prend fin. Un son pour ainsi dire dématérialisé se produit dans la tessiture la plus haute de l’instrument. La mémoire est devenue elle-même vibration, le chant de la conscience illuminée disparaît dans le grand vide de l’esprit – O.

le point fixe
engendré
par la rotation
est au centre
de la sphère
de manière
à former
par extrême intensité
l’extase
libératrice

Giacinto Scelsi, Cercles, dans L’homme du son

Et maintenant écoutez,
tant que vous pourrez l’entendre,
la résonance des harmoniques de cette note profonde.

Giacinto Scelsi, Art et Connaissance, dans Les anges sont ailleurs

Arne Deforce








Extranet artiste Dernière mise à jour le 09/11/2018

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