CIRM : Centre National de Création Musicale UCA
Manca 2020
MANCA
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LE COSMICOMICHE

Le Cosmicomiche de Michèle REVERDY

Année de composition : 2014
Durée : 60.00 minutes

Formation :

Opéra de poche, pour soprano, mezzo-soprano, baryton et 7 musiciens (1 violoncelle, 1 alto, 1 harpe, 1 flûte/piccolo, 1 clarinette, 1 cor, percussions)

Contexte CIRM

  • Programmation dans le cadre du festival MANCA 2020 "Opera Viva", samedi 21 novembre, Salle Jedrinsky de la Diacosmie, Nice.

Notice :

(...) J’ai choisi deux nouvelles d’Italo Calvino extraites des Cosmicomiche : "Un segno nello spazio" et "Tutto in un punto".
Et j’ai construit deux petites formes réunies par un interlude purement instrumental, ce qui donne un spectacle d’environ une heure, avec un ensemble de chambre : trois chanteurs et 7 instrumentistes, en me disant qu’avec cette économie de moyens, je trouverai bien une occasion de faire monter cette oeuvre.
Cette fois-ci j’ai fait le livret moi-même, en italien, mais je n’ai rien changé au texte original : j’y ai seulement fait des coupures.
Le personnage principal, Qfwfq est à la fois un acteur – dans la première nouvelle il parle plus qu’il ne chante – et un baryton qui chante beaucoup plus dans la seconde nouvelle.
Les deux chanteuses (soprano colorature et mezzo) commentent ses paroles ou l’interrompent avec impertinence, passant du rôle de choeur antique à celui des personnages évoqués par le récit de Qfwfq.
Je me suis beaucoup amusée en lisant Le Cosmicomiche d’Italo Calvino.
Les nouvelles "Un segno nello spazzio" et "Tutto in un punto" m’ont donné matière à composer une oeuvre qui se situe entre l’opéra et le mélodrame. Cette oeuvre hybride, chantée et parlée, prévue pour être mise en scène, appartient au genre que l’on appelait dans les années 80 «théâtre musical», mais elle reprend tout bonnement les ingrédients du «buffa».


Un segno nello spazio
L’épopée de Qfwfq cherchant désespérément à marquer d’un signe son passage en un point de l’espace et son désespoir dérisoire devant l’impossibilité d’inscrire sa marque est une merveilleuse métaphore de la présomptueuse ambition que nous avons tous de laisser une trace. Italo Calvino introduit également dans cette nouvelle – avec un humour corrosif - certaines considérations sur l’influence de la mode en matière artistique et sur le doute que nous, artistes, ressentons si souvent en face de notre oeuvre…



Tutto in un punto
Et même avant le Big bang, alors que tous - humains et matériaux de construction du monde à venir - étaient concentrés en un seul point, la merveilleuse Signora Ph(i) Nko réussissait à donner aux autres une conception de l’Espace, dans «un véritable élan d’amour général» en leur promettant de leur faire des tagliatelles!
Il y a dans cette nouvelle un savoureux épisode dénonçant le racisme (déjà!) à l’égard des immigrés…


Michèle Reverdy



NOTE D’INTENTION   

Viser l’Incommensurable en employant la lorgnette de l’humour, tel est le projet d’Italo Calvino quand il écrit Le Cosmicomiche. Chacune de ces nouvelles, publiées
en feuilleton au milieu des années 60, part d’un énoncé scientifique des plus sérieux, que l’auteur déploie ensuite avec la fantaisie qui caractérise son oeuvre.
Vous ignoriez qu’il fallait au soleil deux cent millions d’années pour faire le tour de la galaxie ? Et bien sachez que dans l’intervalle, un homme, un jour, a tenté de faire un signe dans l’espace. Ce même homme a connu le monde avant le big-bang, quand la matière était toute ramassée en un seul point. Ce premier homme, en somme, et qui sera sans doute le dernier, s’appelle Qfwfq. Formule littéraire,
autant que mathématique. Son nom est un palindrome (comme le sont les mots « radar » ou « rêver ») ; mais il rappelle aussi la physique quantique, QWQ étant le
symbole de la machine thermique. La figure de style touche la thermodynamique. Autre télescopage : de l’abstraite complexité de la science, qui est le recours de l’homme pour comprendre le monde, Calvino fait jaillir des fables qui portent en elles la profondeur des mythes.
En choisissant deux extraits de ce recueil, qu’elle lie par un interlude, Michèle Reverdy a donné aux Cosmicomiche une nouvelle articulation, celle de la musique et du théâtre.
L’oeuvre s’amplifie ainsi d’un nouveau champ de signes. La question de la représentation n’est pas anodine, lorsqu’il faut donner en spectacle une matière dense, de sens et de langages – le langage musical de la compositrice, qui s’est
appuyée sur le texte original, en italien.
Fort à propos, le signe qu’on trace, la trace qu’on laisse, l’oeuvre que l’on crée, par quel moyen et à quelle fin, voilà précisément le sujet de la première nouvelle retenue par Michèle Reverdy, Un signe dans l’espace. La musique, en suspension, nous guide dans l’exploration de ce monde déroutant, qui défie la rationalité – on ne saura jamais où et comment Qfwfq fait son signe - mais où la surprise que causent les évocations incongrues, l’attrait irrésistible du cocasse, nous permettent de nous frotter sans heurt à des notions qui nous dépassent. L’absence de « gravité » nous met plus près de penser l’impensable.

C’est dans un monde dénué de gravité qu’évoluent les
cosmonautes, découvrant des sensations qui dépassent ce qu’un terrien connaît.
C’est de légèreté que se pareront nos trois chanteurs, un baryton, une soprano et une mezzo, chargés d’incarner tour à tour Qfwfq. Ils revêtiront la peau spécifique des aventuriers de la cosmo-comico-gonie : une combinaison d’astronaute, dont la solennité de façade est court-circuitée dans l’étoffe même. Car sur leurs épaules et leurs dos s’est incrusté le motif du costume d’Arlequin, bouffon par excellence. Et avec le motif, le bondissement et la ressource intarissable. Le prisme salvateur de l’humour, incarné par un personnage qui est l’étendard d’un art tout italien. Rien d’anodin là encore.
En effet, dans la nouvelle qui suit, Tout en un point, on apprend que si le big-bang a eu lieu, c’est parce qu’il fallait qu’existent les tagliatelles fraîches. Cette pirouette patriote ne pouvait que nous pousser à jongler facétieusement avec les symboles de l’Italie dont Calvino porte haut les couleurs. Ce ne sont plus des funambules de l’espace qui nous raconteront cette deuxième histoire, mais bien
les lecteurs des journaux dans lesquels les nouvelles de Calvino sont parues, ces italiens des années 1960 qui suivaient les étapes de la « conquête de l’espace », ces personnages distillant quelques ragots au comptoir, mais qui auront gardé, dans leurs muscles, l’apesanteur de la commedia.
Victoria Duhamel, mise en espace


Dossier de presse







Extranet artiste Dernière mise à jour le 08/06/2020

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