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Actualité du Vendredi 17 Novembre 2006

CONCERT MANCA 2006 - Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo

Vendredi 17 novembre 2006
A l’Auditorium Rainier III (Monaco)
  

SOLISTES DE L'ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE MONTE-CARLO
Marie-B Barrière, clarinette – Zhang-Zhang, violon
Thierry Amadi, violoncelle - Valérie Barrière, piano

Olivier MESSIAEN    Quatuor pour la fin du temps (1941)  55’
Pour clarinette, violon, violoncelle et piano

Entracte

ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE MONTE-CARLO
Daniel KAWKA, direction
Roger MURARO, piano

Olivier MESSAEN   Couleurs de la Cité Céleste (1963) 16’
Pour piano et ensemble
                         Oiseaux exotiques (1955-1956) 14’
Pour piano et ensemble
 

  

Fin du concert : 22h00




En partenariat avec l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo
 



S’il est bien un compositeur représentatif de la thématique choisie cette année dans le cadre du festival, c’est bien Olivier Messiaen. Ce compositeur qui fait si bien le lien avec la musique française du début du vingtième siècle, n’en a pas moins aiguisé sa curiosité tout au long de sa vie autour d’autres musiques (la rythmique indienne en particulier) et d’autre cultures (celle du Japon par exemple). On connaît les trois principes fondamentaux de la musique de Messiaen : les chants d’oiseaux, les couleurs et la foi. Avec un peu de recul, il est intéressant de constater que les chants d’oiseaux constituent un matériau contrapuntique de premier plan bien au delà de ce qu’ils représentent, que les couleurs permettent une classification subjective du matériau harmonique et qu’il n’est point besoin d’être croyant pour être sensible à la poétique du compositeur. Bref on peut parler d’oiseaux de couleurs et de Dieu partout dans le monde avec des interprétations différentes. C’est tout ce métissage qui constitue la particularité propre de la musique d’Olivier Messiaen : peu de sujets, mais la déclinaison d’une infinité d’approches et de contextes par rapport l’universalité de ce qu’ils représentent.

Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo
L’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo occupe une place de choix dans la vie musicale internationale en ayant eu le grand privilège d’être dirigé par des chefs de réputation mondiale tels que Toscanini, Mitropoulos, Walter, Richard Strauss, de Sabata…, et plus près de nous, Bernstein, Sawallisch, Kondrachine, Mehta, Kubelik, Sir George Solti, Maazel…. Quant aux Directeurs Musicaux, on relève, notamment, Paul Paray, Igor Markevitch, Lovro von Matacic, Lawrence Foster, James DePreist… Depuis juillet 2000, Marek Janowski, assume les fonctions de Directeur Artistique et Musical de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo. Que ce soit en tant qu’Orchestre Philharmonique (depuis 1980), la formation monégasque joue un rôle de premier plan dans la création lyrique, chorégraphique et symphonique contemporaine. Ainsi, l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo a toujours su conjuguer tradition et modernité. Ses tournées à l’étranger (Etats-Unis, Allemagne, Grande-Bretagne, Espagne…), sa participation aux grands Festivals (Dresde, Leipzig, Prague, Montreux, Aix-en Provence, Lyon, Ankara, Tunis, Athènes, Lisbonne) et ses nombreux enregistrements dont la musique pour le film Napoléon d’Abdel Gance d’Honegger, direction Marius Constant chez Erato, Namouna de Lalo (Auvidis) (diapason d’or 1992, Grand Prix de la Nouvelle Académie du Disque Français 1992) Oedipe d’Enesco (Emi-France) couronnés par plusieurs Prix du disque, français et étrangers, les concertos pour violon de Vieuxtemps (Erato), les airs d’opéras français avec Natalie Dessay pour Emi-France (Grand Prix de la Nouvelle Académie du Disque Français 1997), témoignent de cette diversité musicale. L’effectif de l’Orchestre porté à 100 musiciens s’inscrit dans une politique de changement et d’évolution artistique. Cette première saison, depuis l’arrivée de Marek Janowski a permis de présenter d’audacieux programmes, comme l’intégrale des concertos pour piano de Bartok avec Zoltan Kocsis, la symphonie Des Canyons aux Etoiles d’Olivier Messiaen, un concert Dutilleux / Jolas / Canat de Chizy / Messiaen. Dans un autre domaine, durant Printemps des Arts 2001, l’Orchestre Philharmonique et Laurent Petitgirard ont accompagné le film Napoléon d’Abel Gance (musique de Honegger et Constant) comme le cinéaste l’avait souhaité à l’origine (1927) (plus de cinq heures de musique !). Placé sous la présidence de S.A.R. la Princesse de Hanovre, bénéficiant du soutien de S.A.S. le Prince Rainier III et du Gouvernement Princier, l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo tout en préservant son authenticité, se tourne résolument vers l’avenir grâce à une politique particulièrement dynamique, cherchant à accentuer son rayonnement en se lançant dans une aventure artistique.

Daniel Kawka chef d’orchestre
Actuel directeur musical de l’Ensemble Orchestral Contemporain, Daniel Kawka mène aujourd’hui une carrière internationale. Ardent interprète de la musique du Xxème siècle, il s’est distingué dans des enregistrements discographiques consacrés respectivement aux classiques du Xxème siècle et à la jeune création. Maîtrisant un vaste répertoire, il dirige régulièrement des formations telles que l’Orchestre National de Lyon, l’Orchestre Symphonique del Valles de Barcelone, Sinfonia Varsovia ou encore l’Orchestre National de la radio polonaise, l’Orchestre Philharmonique de Radio-France, pour ne citer que ses plus récentes collaborations. A la tête de son Orchestre, l’EOC, Daniel Kawka parcourt les musiques de notre temps, s’adonnant à la création d’ouvrages ambitieux, associant selon le cas, chorégraphie, mise en scène ou théâtre.
Directeur musical de la session de composition de Royaumont en 1996, ses nombreuses rencontres l’ont conduit depuis à diriger à Porto, Milan, Genève, Cologne ou en Thessalonique ( il y représente la France dans le cadre des rencontres ICMC).
Sa pratique des chœurs ( d’opéra, d’oratorio ou de chambre) et sa passion pour la voix lui ouvre naturellement le répertoire d’opéra contemporain, avec la création à l’Opéra de Lyon des Exercices de conversation de J.Evangelista (mars 1999, repris en tournée en mai 2000) et de plusieurs projets de création tant en France qu’en Allemagne.
Parmi ses œuvres de prédilection, possédant actuellement un répertoire d’une vingtaine d’ouvrages, il voue une passion profonde pour l’opéra français et la dramaturgie wagnerienne.
 Source : Resmusica

Roger Muraro pianiste  
Grand Prix des Concours Internationaux Tchaikovsky (Moscou) et Franz Liszt (Parme, Italie), Roger Muraro est considéré aujourd’hui comme l’un des plus grands interprètes de l’oeuvre d’Olivier Messiaen. En 1988, lorsque le pianiste donne à Paris les « Vingt Regards sur l’Enfant-Jésus », le compositeur le félicite en ces termes : « Merci à Roger Muraro pour son intégrale absolument sublime de cette œuvre si difficile ! Avec toute mon admiration pour sa technique éblouissante, sa maîtrise, ses qualités sonores, son émotion, et j’oserai dire sa Foi !… ». Ce sont ces qualités décrites par Olivier Messiaen qui permettent à Roger Muraro d’aborder avec une émouvante sincérité les auteurs dont l’œuvre réserve une grande part à l’imaginaire, au monde de l’enfance, de l’onirisme… Schumann, Mozart… et Ravel dont l’intégrale pour piano solo et piano et orchestre suscite le grand intérêt de nombreuses sociétés de concerts françaises mais aussi internationales (Hongrie, Républiques Baltes, Grèce, Allemagne, Croatie, Russie, Amérique du Sud, Amérique Centrale…) Outre ces projets, Roger Muraro conserve son attachement à la Musique Russe. Ce musicien français collabore avec de grands chefs tels que Zubin Mehta, Pinchas Steinberg, Marek Janowski, Valery Gergiev, Yuri Ahronovitch, Myung-Whun Chung, Kent Nagano, David Robertson… et  avec de prestigieux orchestres :  Philharmoniques de Berlin et de Vienne, Gewandhaus de Leipzig, Orchestre National de France, Orchestre de la Résidence de La Haye, Philharmonique de Radio-France, R.S.O. de Berlin, Orchestre de la RAI, Orchestre d’Etat de l’ex-URSS, Philharmonique de Perth, London Philharmonic Orchestra, Münchner Philharmoniker, San Francisco Symphony Orchestra… Ses concerts dans le monde entier sont salués par la critique, écoutant en lui un artiste pur, un coloriste émouvant d’une virtuosité impressionnante. Depuis 2001 Roger Muraro a obtenu « les victoires de la musique » dans la catégorie soliste instrumental de l’année, ainsi que de nombreux prix de disque, dont celui de l’Académie Charles Cros .

Olivier Messiaen compositeur (Avignon, 1908 – Clichy, 1992 )
Olivier Messiaen entre au Conservatoire de Paris à l’âge de onze ans et obtient cinq premiers prix : contrepoint et fugue, accompagnement au piano, orgue et improvisation, histoire de la musique, composition. En 1931, il est nommé organiste à l’Eglise de La Trinité. Très imprégné par la foi catholique, Messiaen avoue être un musicien théologique et refuse toute approche mystique. Les titres de ses œuvres sont des références directes à la religion : Vingt regards sur l’enfant Jésus (1944), Apparition de L’Eglise éternelle (1932) Méditation sur le Mystère de la Sainte Trinité (1969), La Transfiguration de Notre Seigneur Jésus-Christ (1965-1969). Par ailleurs son amour pour le sacré coexiste avec un amour pour le profane, symbolisé par le mythe de Tristan et Iseult. Ces œuvres traitant de l’amour profane sont peu nombreuses et limitées dans le temps, elles se situent toutes entre 1936 et 1948. La Turangalîla-Symphonie (1946-1948) mise à part, ce sont toutes des œuvres vocales sur des textes du compositeur lui-même. Enfin, la nature, comme un inépuisable réservoir de sonorités, dans laquelle l’intervention humaine serait absente, se retrouve très souvent au centre de ses compositions. Messiaen étudie l’ornithologie et ne tarde pas à introduire des chants d’oiseaux dans son langage musical. Il dira à leur propos qu’ils sont : « Mes grands maîtres, mes meilleurs maîtres » et les consacre dans le Réveil des Oiseaux (1953), Oiseaux exotiques (1955-1956) ou encore Un Vitrail et des oiseaux (1986). La musique de Messiaen, quelle que soit l’œuvre choisie, est de celles qu’on reconnaît à un seul accord, à un seul rythme, à un seul intervalle mélodique. Pour lui un accord est violet, ou rouge orange, avant d’être chiffré ou analysé selon les sons qui le composent. Il enrichira ses créations de rythmes provinciaux indiens et utilisera les sonorités extrêmes orientales afin d’organiser l’œuvre de toute une vie autour d’une pluralité d’axes aussi originaux qu’exotiques.

Quatuor pour la fin des temps (1941)
Pour clarinette, violon, violoncelle et piano
Considéré à juste titre comme un des sommets de la musique de chambre du xxe siècle, le « Quatuor pour la fin du Temps » a été écrit en 1941 dans des conditions de privation extrême alors que le compositeur était prisonnier des Allemands au Stalag VIII A en Silésie. En compagnie de Jean Le Boulaire (violon), Henri Akoka (clarinette) et Etienne Pasquier (violoncelle), Olivier Messiaen a commencé à écrire son quatuor, grâce à un officier allemand qui lui a fourni du papier à musique et des crayons. Cette œuvre est inspirée d’une citation de l’Apocalypse de Saint Jean, reflet du temps où l’Apocalypse s’annonce. Le « Quatuor pour la fin du Temps » intègre pour la première fois à son langage musical le chant des oiseaux, et ce, dès les premières mesures. Le troisième mouvement, « Abîme des oiseaux », long solo de clarinette, reste un sommet du genre, opposition entre l’abîme du temps et la vitalité d’oiseaux imaginaires. De même, le « Quatuor pour la fin du Temps » est la première grande œuvre dont la couleur soit le sujet même. Messiaen avait connu de nombreuses expériences de synopsie, un dysfonctionnement des nerfs optique et auditif par lequel les sons causent la perception de couleur sous l’emprise du froid et de la faim. L’œuvre comporte huit mouvements qui n’ont pas été écrits dans l’ordre. Ces huit morceaux contrastent autant par leurs dimensions et leur caractère que par leur instrumentation. Le quatuor complet n’est présent que dans les premier et sixième mouvements, au début et à la fin du deuxième mouvement (« Vocalise », pour l’Ange qui annonce la fin du Temps) ainsi que dans certains épisodes du septième mouvement (« Fouillis d’arcs-en-ciel », pour l’Ange qui annonce la fin du Temps). Le troisième mouvement, tel que mentionné précédemment, est un solo de clarinette. Les deux louanges sont des duos et le quatrième mouvement, l’« Intermède », un charmant petit scherzo en trio sans piano. Le compositeur lui-même précise que « le langage musical de l’œuvre est essentiellement immatériel, spirituel, catholique. Des modes, réalisant sur les plans mélodique et harmonique une sorte d’ubiquité tonale, y rapprochent l’auditeur de l’éternité dans l’espace ou l’infini. Des rythmes spéciaux, hors de toute mesure, y contribuent puissamment à éloigner le temporel. […] Le temps – mesuré, relatif, physiologique, psychologique – se divise de mille manières, dont la plus immédiate pour nous est une perpétuelle conversion de l’avenir en passé. Dans l’éternité, ces choses n’existeront plus. »

Couleurs de la Cité Céleste (1963)
Pour piano et ensemble
Les Couleurs de la Cité céleste se réfèrent à l’Apocalypse dont Messiaen donne cinq citations dans la partition :
 1/ «Un arc-en-ciel encerclait le trône…» (Apoc., IV, 3)
 2/ «Et les sept anges avaient sept trompettes…» (Apoc., VIII, 6)
 3/ «On donna à l’étoile la clef du puits de l’abîme…» (Apoc., IX, 1)
 4/ «L’éclat de la ville sainte est semblable au jaspe cristallin…» (Apoc., XXI, 11)
 5/ «Les fondements du mur de la ville sont ornés de toute pierre précieuse : jaspe, saphir, chalcédoine, émeraude, sardonyx, cornaline, chrysolithe, topaze, chrysoprase, hyacinthe, améthyste…» (Apoc., XXI, 19, 20).
Le caractère religieux est également affirmé par des références au plain-chant (la petite trompette joue par exemple un extrait de l’Alleluia du huitième dimanche après la Pentecôte lors de la première intervention des cuivres) et par des sections d’écriture lente, en choral, où apparaît parfois l’indication «extatique».
Cette oeuvre révèle par ailleurs un souci d’expression de la couleur – sa «motivation essentielle» selon Michèle Reverdy, clairement formulé par Messiaen dans la préface de sa partition : «La forme de cette oeuvre dépend entièrement des couleurs. Les thèmes mélodiques ou rythmiques, les complexes de sons et de timbres, évoluent à la façon des couleurs. Dans leurs variations perpétuellement renouvelées, on peut trouver (par analogie) des couleurs chaudes et froides, des couleurs complémentaires influençant leurs voisines, des couleurs dégradées vers le blanc, rabattues par le noir. On peut encore comparer ces transformations à des personnages agissant sur plusieurs scènes superposées et déroulant simultanément plusieurs histoires différentes». La musique rassemble ici divers matériaux (plain-chant, rythmes hindous, grecs, chants d’oiseaux, accords «colorés», etc.) et peut être commentée en termes d’alternances de différents types d’écriture ; l’idée de ces oppositions fut même associée par Messiaen à certaines images (l’abîme, l’arc-en-ciel). Cette pièce qui rappelle par moments les "Oiseaux exotiques" mais anticipe aussi dans d’autres passages sur les grands chorals de la Transfiguration, apportait dans l’évolution du compositeur une conception spécifique de la forme : «…l’oeuvre ne se termine pas – n’ayant jamais commencé vraiment : elle tourne sur elle-même, entrelaçant ses blocs temporels, comme une rosace de cathédrale aux couleurs flamboyantes et invisibles…».
 Ircam

Oiseaux exotiques (1955-1956)
Pour piano et ensemble
Les Oiseaux exotiques qui chantent dans cette partition ont de merveilleux plumages colorés. Ces couleurs très vives sont dans la musique : toutes les couleurs de l'arc-en-ciel y circulent, y compris le rouge, couleur des pays chauds et du beau Cardinal de Virginie ! Mais il y a aussi le Mainate hindou (noir à cou jaune) qui pousse des cris singuliers. Le Verdin à front d'or (tout vert comme une feuille au printemps) qui fait un gazouillis varié. Le Troupiale de Baltimore (plumage orange et noir) qui fait des vocalises joyeuses. Le Tétras Cupidon des prairies qui possède des sacs aériens lui permettant de pousser des gloussements mystérieux (genre cor de chasse) contrastant avec des cris aigus suivis de longues désinences dirigées vers le grave. Le Moqueur polyglotte (gris, rose, brun fauve strié de blanc) fait des strophes cuivrées, staccato, riches en harmoniques, de caractère incantatoire. L'Oiseau-Chat (gris ardoise) débute ses strophes par un miaulement. Le Shama des Indes (noir bleuté, ventre orangé, longue queue étagée blanche et noire) est un merveilleux chanteur dont le répertoire est fait de percussions rythmées, de batteries sur deux sons disjoints et d'éclatantes fanfares au timbre cuivré. C'est sa voix qui dominera tout le tutti final. Le Garrulaxe à huppe blanche est un gros oiseau vivant dans l'Himalaya. Il est terrifiant par son aspect et par ses vociférations implacables. Le Merle migrateur, confié aux deux clarinettes, égaie tout le tutti central. Chantent aussi : le Merle de Swainson, la Grive ermite, le Bulbul Orphée et la Grive des bois, dont la fanfare éclatante, ensoleillée, termine la première et ouvre la dernière cadenza du piano solo. L'oeuvre comporte aussi des rythmes grecs et hindous, confiés à la percussion. Deçî-Tâlas de l'Inde antique, système de Çârngadeva : Nihçankalîla, Gajalîla, Laksmîça, Caccarî, Candrakâla, Dhenkî, Gajajhampa - et de la théorie karnâtique : Matsya-Sankirna, Triputa-Mishra, Matsya-Tishra, Atatâla-Cundh. Parmi les rythmes grecs, on trouve des pieds composés au mètre : Dactylo-Epitrite, puis des vers à mètres composés : lambélégiaque, et enfin des vers logaédiques : Asclépiade, Saphique, Glyconique, Aristophanien, Phalécien, Phérécratien.
Remarquer le dialogue entre le Cardinal de Virginie (au piano) et le Moqueur polyglotte (aux cors et trompette), dans le tutti central. Remarquer, en plus du piano solo, l'importance du xylophone et des deux clarinettes dans le tutti central. Remarquer l'emploi des deux cors dans le tutti final - et encore, dans toute l'oeuvre, l'opposition de timbres entre les rythmes secs et clairs du wood-block et les rythmes auréolés de résonances des gongs et tam-tams.
Plus que la forme, plus que les rythmes et plus que tous ces timbres, il faut entendre et voir dans mon oeuvre, des sons-couleurs. Il y a dans les parties de cors du deuxième tutti : de l'orangé, mêlé d'or et de rouge - il y a, dans la première et dernière cadenza de piano solo : du vert et de l'or. Le tutti central mélange en spirales colorées, en tournoiements d'arcs-en-ciel entremêlés : des bleus, des rouges, des orangés, des verts, des violets et des pourpres...
Les Oiseaux exotiques ont été composés entre le 5 octobre 1955 et le 3 janvier 1956, et ont été joués dans toutes les grandes villes d'Europe et des deux Amériques, en Scandinavie et au Japon. Dans presque toutes ces exécutions, Yvonne Loriod jouait le piano solo.
Olivier Messiaen



(Programme imprimé en novembre 2006)


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