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Actualité du Jeudi 08 Avril 2004 à 20h30

CONCERT MUSIQUE AU MUSEE 2004 - Andrew Russo

Jeudi 8 avril 2004 

Au Musée national Marc Chagall, Nice

 

 

 

 

 

Andrew Russo
Récital piano

 



En presence d'Allain Gaussin

 

 


Maurice Ravel
Pavane pour une infante défunte  (5’)

Allain Gaussin
 Arcane (15’)

George Crumb
 9 fantaisies sur "Round Midnight" de Thelonius Monk (15’)
 CREATION FRANCAISE

Igor Stravinsky
 Petrouchka (13’)

 

 

 

 

 

 



 Fin du concert : 21h30

 Jeune pianiste américain, Andrew Russo est un artiste gourmand et curieux. Il fait partie de ces musiciens pour lesquels il n’y a pas de différence fondamentale entre le répertoire le plus classique et la musique la plus récente. Spécialiste de la musique de George Crumb, c’est dans une interprétation très remarquée de la Wanderer Fantasie de Schubert que nous le retrouvons ou encore dans une nouvelle version technologique de Pluton pour piano et dispositif temps réel de Philippe Manoury (festival MANCA 2001). C’est donc tout naturellement dans l’association des différents appétits du musicien que nous aborderons ce récital. Virtuosité et densité d’abord avec la version pour piano de Petrouchka de Stravinsky et avec Arcane d’Allain Gaussin. Ces deux œuvres phares du répertoire pianistique se situant aux extrémités du XXe siècle ont la particularité de pousser l’interprète aux limites de ce qu’il peut exprimer avec ses dix doigts.
 Musique gourmande et musique d’interprète pour les œuvres de George Crumb et Maurice Ravel.

 

Andrew Russo
Si l’on parle d’Andrew Russo à ceux qui ont suivi le Concours International de Piano Van Cliburn 2001, certains déclarent : " voici un pianiste à l’esprit d’aventure ", " son interprétation de la musique de George Crumb est envoûtante ". D’autres disent de lui que c’est " un musicien fougueux et peu orthodoxe ".
Ce jeune pianiste américain de 28 ans, résidant à Paris depuis la fin de ses études à l’école Juillard, fait forte impression partout où il joue. A la manière d’une étoile filante, il acquiert très vite une réputation internationale. Ses programmes ne sont pas destinés à choquer, ils tendent plutôt vers une perception du XXIe siècle, qu’il partage avec les mélomanes du monde entier. Salué comme " un Liszt réincarné ", " un magicien du piano ", Andrew Russo possède une versatilité apparemment sans limites. Il utilise l’intérieur de son piano, travaille avec les médias électroniques, joue des morceaux peu connus et originaux aux côtés de chefs d’œuvres révolutionnaires.
 L’exploration soutenue de ses voyages musicaux aboutit à des projets comme son apparition en 1997 à Charleston où il récite Shakespeare entre les mouvements de Roméo et Juliette de Prokofiev, fournissant ainsi aux spectateurs un contexte littéraire intéressant.
 L’Indianapolis Star fait l’éloge d’une grande originalité après l’une de ses apparitions en 2000 : " C’est un interprète intense qui peut apporter sa touche personnelle à une musique variée … Il a le don de ne pas laisser son individualité embrouiller sa sensibilité, sa vision des styles très différents. "
 Ses apparitions récentes au Gewandhaus à Leipzig, au Freylingshaus à Halle, au Alice Tully Hall à New York, au Teatro Colon à Buenos Aires, au Kioi Hall à Tokyo, à la Salle Corto à Paris, au Spoleto Festival à Charleston, reçoivent éloge et enthousiasme pour leur étonnante union entre " un tempérament débridé et un contrôle parfait ".
 Il exploite également une grande partie de son répertoire au piano avec le Trio Arcadian, ensemble qu’il fonde en 1995 et avec lequel il joue pendant cinq ans.
 En septembre 2002, Andrew Russo est directeur et interprète du Festival George Crumb à New York – une célébration de trois jours, avec la participation du compositeur, du pianiste Frédéric Chiu, de la soprano Susan Narucki, de la flûtiste Tara Helen O’Connor et du violoniste Jennifer Frautschi. Deux mois plus tard, la maison de disque anglaise Black Box diffuse un disque de Russo consacré aux œuvres de Crumb.

Maurice Ravel
Ciboure, 1875 – Paris, 1937
Entré au Conservatoire de Paris en 1889, Maurice Ravel bénéficie de l'enseignement de Gabriel Fauré, qui décèle en lui " une nature musicale très éprise de nouveauté, avec une sincérité désarmante ".
En 1901, sa cantate Myrrha lui permet d’obtenir le second prix au Concours de Rome. Mais son modernisme et ses dons exceptionnels lui valent aussi l'inimitié des traditionalistes, comme Théodore Dubois, directeur du Conservatoire de Paris, qui ne voit en lui qu'un " révolutionnaire " osant admirer Chabrier et fréquenter Satie !
En 1905, Ravel est déjà très connu. Ses premières œuvres (Menuet antique, Habanera, 1895 ; Jeux d'eau, 1901 ; Quatuor en fa et Schéhérazade, 1903) sont remarquées et discutées. En 1910, il est l'un des cofondateurs de la Société musicale indépendante (S.M.I.), créée pour s'opposer à la très conservatrice Société nationale de musique, contrôlée par Vincent d'Indy. Si les Valses nobles et sentimentales et L'Heure espagnole, montée à l'Opéra-Comique en 1911, passent relativement inaperçues, ce n'est pas le cas de Daphnis et Chloé, créé aux Ballets russes en 1912.
Vient ensuite une étroite collaboration autour de la poésie avec Stéphane Mallarmé. Après la première guerre mondiale Ravel se remet activement à la composition. Son style évolue, à la recherche d'un art plus dépouillé, comme l'atteste sa Sonate pour violon et violoncelle (1920-1922), manifestation extrême de son renoncement aux charmes harmoniques, ce qui n'empêche pas les œuvres de sa dernière période, L'Enfant et les sortilèges (1925) ou les deux Concertos pour piano et orchestre (1929-1931), de libérer un lyrisme et une imagination stupéfiants, quoique maîtrisés. Après deux tournées de concerts aux Etats-Unis (1928) et en Europe centrale (1931), Ravel peut constater quelle est sa célébrité à l'étranger.

PAVANE POUR UNE INFANTE DEFUNTE
(1899)
Cette œuvre est dédiée à la princesse Edmond de Polignac (fille du créateur des machines à coudre Winnareta-Singer, duquel elle hérite d'une grande fortune) qui fut le mécène de Ravel durant ses études et par la suite.
En choisissant ce titre, Ravel est davantage concerné par le son des mots que par l'histoire d'une quelconque princesse espagnole : "Pour moi, je n'ai songé, en assemblant les mots qui composent ce titre, qu'au plaisir de faire une allitération. Ne pas attacher à ce titre plus d'importance qu'il n'en a. Éviter de dramatiser. Ce n'est pas la déploration funèbre d'une infante qui vient de mourir mais bien l'évocation d'une pavane qu'aurait pu danser telle une petite princesse, jadis, à la cour d'Espagne." (Marnat, 1986).
Cette œuvre reçoit un très bon accueil de la part du public, mais reste particulièrement dénigrée par les musiciens et les critiques.
Ravel dit plus tard : "Mais, hélas j'en perçois fort bien les défauts : l'influence de Chabrier, trop flagrante, et la forme assez pauvre. L'interprétation remarquable de cette œuvre incomplète et sans audace a contribué beaucoup, je pense, à son succès." (Revue musicale de la S.I.M., mars 1912).

Allain Gaussin
Sèvres, 1943
À partir de 1966, Allain Gaussin suit une formation au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris où il reçoit les premiers prix dans les classes d’écriture et d’analyse, et un autre prix de composition dans la classe d’Olivier Messiaen. Parallèlement, il étudie la musique électroacoustique au GRM (1975) puis l’informatique musicale à l’IRCAM (1984). Concerts, conférences et séminaires de composition se succèdent : Darmstadt (1986 et 1988), Université d'Osaka (1994), Université de Tokyo (2003). En Octobre 2003, il est nommé professeur de composition au CNSM de Paris.
De nombreux prix et distinctions lui sont accordés.
Entre 1977 et 1979 il est pensionnaire à l’Académie de France à Rome (Villa Médicis), puis au DAAD de Berlin (Académie Internationale des Arts) en 1985. En 1995, il obtient le Grand Prix International du disque de l'Académie Charles CROS pour Irisation Rituel, Camaïeux, et Arcane. Enfin en 1998 il décroche le Prix International de composition ICONS de Turin pour Mosaïque Céleste.
 Actuellement, Allain Gaussin compose pour une commande croisée de l'Ensemble Court-Circuit et de l'IRCAM.

ARCANE (1981-1988)
Arcane est une composition qui suit un principe générateur d'indépendance totale des deux mains. Exprimée dans la deuxième partie, cette idée me permet d'élaborer une écriture avec des contrepoints multiples et mobiles, en donnant l'illusion d'un dédoublement réel du piano. Un peu comme en optique, on peut voir, par l'intermédiaire de loupes et de miroirs déformants, un "objet" se démultiplier et se transformer virtuellement, sous de multiples aspects.
 Allain Gaussin
 La forme générale d'Arcane est en trois parties
 1e partie : le vent de l'esprit (introduction, éclats, appels de cloches graves, déformation progressive du temps)
 2e partie : l'esprit en éveil (indépendance des mains, contrepoints multiples)
 3e partie : la force de l'esprit (canons harmoniques, gravitation)

George Crumb
Charleston (Virginie), 1929
George Crumb fait ses études à l'université de l'Illinois puis celle du Michigan avec Ross Lee Finney (1954), au Berkshire Music Center et enfin à Berlin avec Boris Blacher (1955-56). Professeur à l'université du Colorado de 1959 à 1964, il enseigne par la suite à l'université de Pennsylvanie à partir de 1965. En 1968 il reçoit le prix Pulitzer pour Echoes of Time and the River pour orchestre (1967). Sa musique, souvent d'une concision et d'une austérité issues tout droit de Webern, marquée également par l'influence de Debussy et des traditions orientales, doit sa forte originalité à ses sonorités, ses aspects rituels et mystiques. Elle témoigne d'une intense sensibilité poétique. Plusieurs des œuvres de Crumb sont basées sur des poèmes espagnols de Federico Garcia Lorca, comme les Quatre livres de Madrigals (1965, 1969), deux des sept volets de Night Music I (1963), Songs, Drones and Refrains of Death (1968), Night of the Four Moons (1969), et Ancient Voices of Children (1970). Pour réaliser ses subtils effets de timbres, reflets de son désir de " contempler les choses éternelles ", Crumb élabore de nouvelles techniques d'exécution et fait appel à de nombreux instruments de musique populaire et traditionnelle. Son style de maturité se manifeste pour la première fois dans les Cinq pièces pour piano (1962). On lui doit aussi Night Music II (1964), Eleven Echoes of Autumn (1965), Black Angels (1970), in tempore belli, reflet de la guerre du Vietnam, Vox balaenae (1973), Makrokosmos I pour piano, Star Child (1977), œuvre dirigée par quatre chefs donnant chacun un tempo différent, Apparition (1979), Gnomic Variations (1981), A Haunted Landscape (1984).

9 fantaisies sur " Round Midnight " de Thelonius Monk CREATION FRANCAISE
Eine Kleine Mitternachtmusik est écrit en 2002 pour le pianiste italien Emanuele Arciuli. Le titre n’est pas seulement un jeu de mots musical, faisant référence à la sérénade de Mozart, mais aussi un hommage à Thelonius Monk et son Round Midnight. Le mélange du monde noir et spirituel de Crumb, avec la cadence fumée de cette mélodie monkienne nous offre un prisme unique pour découvrir la symbiose esthétique qui relie ces deux hommes.
 L’œuvre est une collection de 9 fantaisies. Au niveau de la structure, on retrouve l’obsession numérologique de Crumb : 9 petites pièces formant 3 groupes de 3 ainsi qu’un premier et dernier mouvement presque identique. Le thème principal est présenté lors du premier mouvement, comme un écho à l’enregistrement plein d’âme de Miles Davis. Les 7 fantaisies suivantes tirent leurs matériaux de fragments thématiques aussi minuscules que 2 ou 3 notes. Chaque fantaisie possède un caractère particulier. Ici une exploration tranquille et spacieuse des quarts et des quintes. Là-bas l’ironie aiguë d’une récréation décalée de Golliwog’s Cakewalk de Debussy. Enfin les résonances galactiques des cloches de minuit annonçant la fin de ce parcours musical. Les portraits de Crumb réfléchissent leurs sujets depuis des angles très contrastés. Ils poussent l’auditeur à apprécier la simplicité de Monk. Tout le corps de travail de Crumb est une quête dans laquelle il tente de concentrer les complexités de la vie humaine dans des cadres les plus simples possible.

Igor Stravinsky
Oranienbaum (Russie), 1882 – New-York, 1971
Étudiant en droit à l’université de Saint-Pétersbourg, Stravinsky rencontre le compositeur russe Rimski-Korsakov, qui le guide tout au long de ses premiers travaux de composition. En 1907, l’élève dédit à son maître la Symphonie n°1, en mi-bémol, une œuvre jugée conventionnelle. En revanche le Scherzo fantastique, (1908) mérite déjà un peu plus d’attention. C’est à cette époque que débute sa collaboration avec Diaghilev pour les Ballets russes. En 1910, L’oiseau de feu remporte un succès immédiat. Il ne s’agit plus, comme avec Feu d’Artifice, d’une réussite de jeunesse, mais d’une œuvre maîtresse. Avec le Sacre du printemps, en 1913, Stravinsky s’attire les foudres de l’élite parisienne. La première représentation tourne au pugilat. La chorégraphie peu conventionnelle de Nijinsky, les dissonances très dures et les rythmes entraînants, asymétriques et mouvants de la musique sont immédiatement discutées par le public. Le tollé est tel, que les danseurs n’entendent plus l’orchestre. En 1917, la révolution russe le prive de sa fortune et le coupe de son pays natal. Dès lors il s’installe à Paris et commence à se produire en tant que pianiste et chef d’orchestre.
 Alors que la deuxième guerre mondiale éclate, Stravinsky rejoint les Etats-Unis et s’établit à Hollywood. Il y reçoit des commandes, Danses concertantes (1942) pour orchestre, et Scènes de ballet (1944) pour une revue de Broadway. Parmi les œuvres les plus importantes produites pendant ces années figurent la Symphonie en trois mouvements (1945), la Messe (1948) et le célèbre opéra The Rake’s Progress (1951), qui peut être considéré comme la synthèse de sa période néoclassique.
 En 1948, le chef d’orchestre Robert Craft l’encourage à écouter la musique des sérialistes. Il s’en dégage des œuvres comme la Cantate Threni (1958), les Mouvements, pour piano et orchestre (1959) et sa dernière œuvre majeure, le Requiem Canticles (1966).
 Au cours de sa vie, Stravinsky utilise de nombreux styles musicaux : tout d’abord le jazz, le néoclassicisme, la bitonalité, l’atonalité et enfin le sérialisme.

PETROUCHKA (1910-1911)
 Entre 1910 et 1911 Stravinsky, alors en Suisse, compose Petrouchka. Son ambition est de créer une œuvre qui serait en même temps une fantaisie pour piano et orchestre. Lorsqu’il propose le ballet à son ami Diaghilev, celui-ci s’empresse de le programmer lors des représentations des ballets russes. Petrouchka est une marionnette de carnaval qui éprouve des émotions humaines. Subitement déchaînée, ses arabesques exaspèrent l’orchestre qui répond par le biais de rythmes spasmodiques explosifs. Le piano est utilisé en tant que partie intégrale de l’orchestre, il est le moteur de la narration. Stravinsky provoque un véritable combat entre l’instrument et le personnage. La partition possède un caractère révolutionnaire, tout en demeurant traditionnelle dans ses intentions distractives. En effet Stravinsky évoque l’aspect naïf et populaire d’une fête foraine, il rompt ainsi avec les codes d’une époque qui ne cesse de faire l’apologie du charme et de la grâce. Loin du romantisme académique qui règne jusqu’alors sur les arts, la composition se décline en quatre mouvements :
 1-La fête populaire de la semaine grasse
 2-Dans la baraque de Petrouchka
 3-Dans la baraque du maure
 4-La fête populaire de la semaine grasse (le soir) et la mort de Petrouchka

(rédaction et impression du programme en avril 2004)

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